Orero

Pourquoi traduire les ‘Oreros ?

Il est difficile d’exprimer ici en quelques mots ce qui constitue l’Orero, essence même de la culture orale polynésienne telle qu’elle s’est transmise à travers les siècles. Nous conseillons pour cela entre autres l’ouvrage Tahiti aux temps anciens / documents et notes réunis par le Révérend J. M. Orsmond, complétés et édités par Teuira Henry, Paris, Société des Océanistes, 2004.

Assemblée de la Polynésie française 25-03-2014 Journée culturelle et scolaire du concours ‘orero du second degré

Qu’il nous suffise de dire ici que l’Orero, cet art déclamatoire ancestral et consubstantiel à la société polynésienne renvoie à une double acception : celle de l’orateur, maître des voix et des codes, messager privilégié de la communauté et du roi, voire des divinités, mais aussi à celle de l’art oratoire lui-même. C’est par le ‘Orero que se transmettait le savoir tant dans la sphère du religieux que dans celles de l’histoire, de la géographie ou encore de la technique. Connaître et retenir cette parole, au centre vivant de l’origine, était une exigence pour tout Polynésien. Car le ‘Orero dit d’où l’on vient et qui l’on est. C’est par lui qu’un Polynésien affirme son identité et la connaissance de ses origines : le ‘Orero s’enracine dans la terre polynésienne. C’est lui qui métamorphose en paroles l’histoire du Fenua, lui qui tatoue l’espace de repères et d’indices. Avec lui les montagnes et l’océan deviennent langage. Il raconte la naissance des étoiles et des atolls, il engendre l’aube chargée de ses fruits savoureux sur les collines de Mahina et l’obscurité qui le soir se répand sur la plaine. Poème attentif au murmure des marées, à Huahine il épelle le vent et la lumière qui se baigne dans l’océan. Le temple de l’Orero est le monde où vivent les Polynésiens.

Plus de douze mille élèves suivent actuellement un enseignement du ‘Orero qui s’est vu accorder le Label européen des langues en 2010, et le Label des labels en 2012. Le ’Orero, aujourd’hui, est toujours ce pont de mots, cette parole relayée de lèvres en lèvres qui passe des anciens aux jeunes et  révèle ainsi sa puissance de vie.

À ceux qui demanderaient pourquoi traduire aujourd’hui le ’Orero, si fortement ancré dans la langue et la tradition polynésiennes, je répondrai que c’est d’abord faire entendre aussi en français la beauté de la langue tahitienne, naturellement poétique et vrai bain de jouvence dans laquelle toute langue gagne à se retremper. C’est aussi dans la rencontre des deux langues, le tahitien et le français faire entendre plus largement cette culture orale dont le ’Orero est le dépositaire, cet essaim de paroles fragiles qu’il faut absolument préserver, ce fait littéraire magistral, patrimoine unique qui défie le temps à l’ère du numérique et de l’éphémérisation du sens. Nous faisons le pari que la parole qui bruisse et circule dans le ‘Orero fait toucher, en français aussi, la vie authentique dans ce qu’elle a de fugace, et pourtant de profondément incarné. C’est pourquoi cette rubrique est appelée à s’enrichir progressivement de nombreuses traductions de ‘Oreros, dont ceux des enfants et des adolescents.

John Mairai, grand homme de théâtre et talentueux linguiste est l’auteur du premier ‘Orero traduit ici et récité en 1989 à l’OTAC (aujourd’hui la Maison de la Culture). John Mairai, aurait pu sans nul doute le traduire lui-même avec brio, mais il a laissé au néophyte, avec délicatesse le plaisir de cette traduction. Qu’il en soit vivement remercié.

Que soient chaleureusement remerciés aussi ceux qui nous aident de leurs talents et de leurs connaissances dans cette entreprise, Annie Chang, Mirose Paia, et Jacques Vernaudon.

 ‘OPERE NO TE ‘ORO’A AVARIRAA I TE TAHUA « TE TAUARII VAHINE » 15 NO NOVEMA 1989

E teie naho’a tini ē, Mānava.

E te hui mana ē, Mānava.

Mānava hua i te ta’irurura’a mai

E fa’ahanahana i te ’ōro’a nei,

Te ’ōro’a nei nō te fārereira’a.

’E ’oia mau !

Fārereira’a nō tēie i tenā

Fārereira’a nō tenā i terā

Fārereiraa ho’i nō terā i tēie.

Ô grande assemblée, je vous accueille

Et vous les puissants, je vous accueille aussi

Je vous salue et vous accueille, ô tous ici réunis,

Pour ensemble célébrer la fête,

La fête de la rencontre.

Oui, je la proclame!

Ma rencontre avec toi

Ta rencontre avec l’autre

La rencontre de l’autre avec moi.

 ÔRERO ÔMUARAA – ÔRERO D’INTRODUCTION

Manava i te ruì tua tinitini !

Manava i te ruì tua manomano !

Manava òe e to ù fenua !

Maeva òe, e te Tomite Heiva !

Tena atu ia òutou paatoà te aroha rahi o te ao no mua roa e te ao no raro roa !

Je vous accueille vous les  nuits innombrables !

Je vous accueille vous les mille nuits !

Je t’accueille ô, ma terre !

Je vous salue ô experts avisés du Heiva !

Que l’amour de ceux du monde d’antan

Et  de ceux du monde d’en bas vous habite !